Nous

Patrick Isabelle, Éditions Leméac, Montréal, 2016, 116 pages.

On retrouve ici le protagoniste du roman Eux, l’adolescent intimidé à l’école. Le récit se déroule après la fusillade qu’il a commise, donc nous le suivons en centre jeunesse. Le narrateur nous partage sa rage contre ceux qui ne comprennent pas les adolescents délinquants. L’enfermement fera revenir chez lui la colère qui l’habitait, mais il découvrira tout de même des adultes qui sont prêts à l’aider.

Je vous ai déjà partagé mon coup de cœur pour le roman Eux. C’est un court livre coup de poing qui dit les choses clairement et qui rejoint directement la réalité de plusieurs jeunes. Quand j’ai su que Patrick Isabelle faisait revenir son personnage dans un nouveau roman, je n’ai pu m’empêcher de le découvrir. À mon avis, l’auteur a ici réussi à atteindre un sommet égal à son roman précédent, Eux. L’écriture y est toujours aussi poignante, les réflexions du protagoniste viennent nous chercher et nous poussent à nous, adultes, questionner sur l’aide parfois maladroite qu’on tente d’apporter à ces jeunes toujours en quête d’eux-mêmes, en quête de réponses sur la vie. Le personnage du psychologue a été dépeint de manière à ce que je sois moi-même frustrée contre lui, contre ses mots toujours trop grands, trop philosophiques pour un jeune qui a peine à mettre ses propres mots sur son crime.

Bien que le protagoniste ait tué quelqu’un, il est différent des autres jeunes du centre par son acharnement dans ses études, sa solitude et par les motifs de son crime. Malgré tout, il s’inclut dans le « nous », qui correspond à ces délinquants, ces enfermés, ces « oubliés », ces « numéros » (p.48). Même si une vie différente l’attend à l’extérieur de ces murs, une vie peut-être plus libre, il n’est, pour l’instant, qu’un délinquant comme les autres.

J’ai adoré Nous comme j’ai adoré Eux. Patrick Isabelle sait nous faire réfléchir sans nous enfoncer une morale dans la tête. On ne peut sortir de cette lecture sans avoir réfléchi, sans avoir envie de la partager. Alors je vous la partage : lisez Eux si ce n’est pas déjà fait et lisez Nous par la suite. Que vous soyez adulte ou ado, c’est une lecture nécessaire.

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« Je me suis transformé, dédoublé. Et j’ai brisé le silence. Après avoir retrouvé la parole, je leur ai balancé ma noirceur au visage. Ils cherchaient à comprendre, alors je leur ai servi ma psychose sur un plateau d’argent, assumant mon crime comme une fierté. Je n’avais plus rien à perdre, de toute manière. J’ai embrassé mon côté obscur et je l’ai plaqué sur mon visage. Je suis devenu celui qu’ils voulaient que je sois. » (Nous, p.10)

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