Aux élèves du Québec

À toi, qui es habituellement assis.e dans une classe, dans une école publique québécoise,
À toi, qui vois tes enseignant.es faire la grève sans trop savoir exactement pourquoi,
À toi qui te réjouis peut-être de ces journées de congé imprévues,
Laisse-moi t’expliquer pourquoi tes enseignantes et enseignants se gèlent les doigts et acceptent de sacrifier leurs paies, juste avant le temps des fêtes.
Si tes enseignantes et enseignants brandissent présentement leurs pancartes, ce n’est pas que pour avoir un meilleur salaire. En fait, c’est pour beaucoup plus que ça.
Si tes enseignantes et enseignants ont présentement les deux pieds dans la gadoue, c’est pour, justement, se sortir les pieds de ces sables mouvants que sont l’école publique québécoise. Mais surtout, pour t’en sortir, toi.
L’école publique ne tient qu’à un fil. Une bourrasque de plus, et elle s’effondrera. Ses piliers que sont tes profs, mais aussi chacun des membres du personnel de soutien (secrétaires, concierges, éducateurs et éducatrices spécialisé.es, TES… pour ne nommer que ceux-là!) que tu côtoies quotidiennement n’ont plus la force suffisante pour tenir le toit sur ta tête. Ils et elles ont besoin de savoir que le gouvernement les soutient, mais surtout, qu’il le montre par des gestes concrets.
Des classes équilibrées
Ce que tes profs souhaitent, c’est pouvoir offrir à L., dans le fond de la classe, l’attention nécessaire pour l’aider à se dépasser. Parce qu’en ce moment, avec toute l’attention que nécessitent tes camarades en grande difficulté, il ne reste plus d’attention pour celles et ceux qui vont bien.
Ce que tes profs souhaitent, c’est pouvoir soutenir adéquatement M., qui a plusieurs grandes difficultés et qui n’arrive pas à suivre le rythme. Parce qu’en ce moment, seule dans sa classe, ton enseignante est incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de tout le reste du groupe.
Une tâche allégée
Ce que tes profs souhaitent, c’est mettre leur énergie au bon endroit. Parce qu’en ce moment, avec les surveillances de corridor, les comités qui demandent du temps à l’extérieur des cours, tes profs manquent de temps pour te remettre des évaluations corrigées dans un délai raisonnable, mais surtout des évaluations avec des commentaires qui t’aideraient à t’améliorer.
Ce que tes profs souhaitent, c’est une reconnaissance pour tout le temps investi qui ne rentre bien souvent pas dans leurs heures payées. Parce qu’en ce moment, avec tous les à-côtés qui font partie de leur tâche, la correction et la planification les suit bien souvent jusqu’à la maison, alors que ce n’est pas payé. C’est donc une fatigue qui s’accumule et qui les mène à un épuisement, une certaine impatience, un manque de motivation. L’enseignement, c’est un iceberg. Dans la classe, ce que tu vois, ce n’est que la pointe. Cachés sous l’eau se trouvent beaucoup de travail, mais surtout beaucoup d’investissement (de temps, d’argent et d’amour).
En fin de compte, ce pour quoi tes enseignantes et tes enseignants se sacrifient en ce moment, c’est TOI. Parce que tes profs aiment leur profession, aiment voir les étoiles dans tes yeux quand tu comprends, sont reconnaissant.es de te voir évoluer et te dépasser, sont rempli.es de fierté lorsque tu réussis. Et en ce moment, le gouvernement ne leur offre pas de conditions gagnantes pour y arriver.
À celles et ceux que tu entendras dire que tes enseignantes et enseignants te prennent en otage, tu pourras leur répondre qu’ils et elles tentent plutôt de libérer l’école publique de ses ravisseurs.