Monsieur Noël

Il y a de cela quelques années, ma grand-tante m’a conté comment le vieux bonhomme Noël avait réussi à tout changer dans son petit coin de pays où c’était du chacun pour soi. Paraitrait-il que c’est son arrière-grand-mère Rolande qui aurait vécu ça. Elle y croit dur comme fer, alors je ne peux que propager cette belle histoire à mon tour.

Lorsqu’il était arrivé à Sept-Îles, Monsieur Noël, aujourd’hui appelé L’Esprit de Noël par les Septiliens, passait le plus clair de son temps dans son petit atelier, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Le monde pensait que le pauvre vieux avait peur de sortir de chez eux à cause du froid. Après tout, il venait d’un coin de pays où les températures atteignaient rarement le point de congélation. Son pays natal reste encore aujourd’hui un mystère.

Les rumeurs se faisaient aller dans l’coin. Ça mémérait partout dans la ville. Y’avait pas grand-chose à faire d’autre pour les madames dans ce temps-là. Certaines allaient même jusqu’à l’épier par la petite fenêtre de son atelier. Le pauvre Monsieur Noël, quant à lui, ne se doutait de rien. Les rares fois où il allait au marché, il s’arrangeait pour sortir à l’heure où tout le monde était occupé. C’tait un vrai mystère celui-là!

Le soir du 24 décembre, la voisine de Monsieur Noël aperçut des lumières clignotantes dans l’atelier du misérable vieux. A même pas eu le temps de prendre le téléphone que toutes les mémères du village se sont ramassées sur le palier de ladite voisine pour espionner Monsieur Noël. De là, on voyait pas grand-chose. Ça clignotait par-ci, par-là, mais on n’y comprenait rien.

La vieille Rolande se rapprocha alors, pendant que les autres, trop pissoues, étaient restées sur le balcon. De son nouveau poste, Rolande fut témoin d’une scène qu’elle a toujours été incapable de décrire. Tout ce qu’on raconte aujourd’hui, c’est qu’elle repartit de là le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

Quand elle revint vers les autres bonnes femmes, Rolande avait les larmes aux yeux. Elle tenta en vain de repeindre la scène. Les madames n’y comprenaient rien. Tout ce qu’elles retenaient, c’était que le monsieur Noël était un homme bien particulier.

Au moment où la ville était endormie, Monsieur Noël sortit finalement de son atelier. Il déposa un petit panier devant chacune des entrées. Ce présent n’avait rien comme les autres. Il contenait un petit pot de bonheur qui n’attendait qu’à être rempli, ainsi qu’un paquet de papiers dorés sur lesquels les Septiliens devaient écrire un mot pour un voisin Innu. Dans le pot de la vieille Rolande, Monsieur Noël avait déjà mis un bout de papier, sur lequel était écrit : « La curiosité permet l’ouverture. Que cette qualité vous aide à rassembler les peuples. »

C’était ça, l’esprit de Noël : s’ouvrir à l’autre et faire tomber les frontières. Monsieur Noël, après avoir accompli sa mission, est reparti pour un autre pays où se dressaient des barrières. On en entend moins parler aujourd’hui, mais j’espère en maudit qu’un autre Esprit comme lui viendra guérir notre monde de ses p’tits bobos.

©Légende écrite et photo prise par La Bibliomaniaque, Alex-Anne Flambert. Merci de respecter les droits d’auteur


Version PDF de la légende, que vous pouvez utiliser en classe : Monsieur Noël

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