Et si les élèves ne lisent pas intégralement les romans obligatoires?

« Ouin, mais si je ne leur donne pas d’examen, iels ne liront pas le roman au complet ». C’est une phrase que j’entends souvent quand j’aborde la possibilité de ne pas donner d’examen après la lecture d’un roman. Cette année, je me suis donc beaucoup questionnée à ce sujet : Et si les élèves ne les lisent pas intégralement, les romans, qu’est-ce que ça fait? Plus j’y réfléchis, plus je considère que c’est loin d’être un drame.

Notre mission

D’abord, rappelons-nous que selon le Programme de formation de l’école québécoise, notre mission est de mettre l’élève en contact avec des textes littéraires. Est-ce que cela passe obligatoirement par des œuvres dites obligatoires, choisies par l’équipe d’enseignant.es? Est-ce que pour être en contact il faut absolument avoir lu l’entièreté du texte? Je ne crois pas.

Dans une optique où on prend le temps d’enseigner le avant la lecture de l’œuvre en s’attardant au contexte de celle-ci, à son auteurice, qu’on fait des prédictions sur les thématiques à partir du titre et de la première de couverture, on met l’élève en contact avec l’œuvre. Si, en plus, on lit à voix haute le premier chapitre (ou plus), on met l’élève directement en contact avec le texte. Si on discute de cette lecture partagée, c’est encore mieux!

Il faut se dire aussi que pour mettre l’élève en contact avec des textes littéraires, on peut aussi lire des albums, lire des extraits de textes littéraires. Que l’élève lise ou non l’œuvre intégralement, on lui a fait prendre connaissance de son existence. Le reste est entre ses mains.

Obligatoire ou non, il se peut que le livre ne soit pas lu…

Ce qu’on a tendance à croire, c’est que si la lecture du livre est liée à l’évaluation, les élèves auront plus tendance à le lire. Pourtant, c’est faux. Nos élèves qui disent ne pas aimer lire vont trouver un moyen de passer à côté la lecture intégrale. On ne va pas les chercher davantage et, le problème, c’est qu’on les éloigne encore plus du plaisir de lire puisqu’iels relient la lecture à l’évaluation. En plus, on renie le plaisir de lire pour nos élèves qui aiment déjà cette activité et qui n’ont pas besoin d’une fausse motivation pour lire les livres qu’on leur suggère.

Alors, l’évaluation après le roman est-elle la solution? Non.

Dans ce cas, quoi faire?

L’important est de se rappeler qu’avec les textes littéraires, notre but est de susciter le plaisir de lire, de susciter la réaction chez les élèves, de développer leur empathie, de faire découvrir des auteurices incroyables. Certes, on veut leur donner des stratégies de lecture pour arriver à faire tout ça, mais encore une fois, cela ne passe pas nécessairement par la lecture individuelle d’œuvres intégrales. On peut…

  • Lire des œuvres intégrales à voix haute
  • Faire découvrir un.e auteurice en présentant l’ensemble de son œuvre et permettre aux élèves de choisir parmi celle-ci.
  • Lire différents extraits de textes littéraires
  • Donner du choix
  • Choisir, quand c’est possible, des œuvres qui plairont aux élèves et leur donneront le gout de poursuivre leur lecture sans motivation extrinsèque
  • Prendre le temps de présenter l’œuvre avant de la faire lire
  • Donner du temps en classe pour lire
  • Varier ses évaluations pour mettre la réaction et le jugement critique de l’avant

Alors, êtes-vous prêt.es à accepter que les élèves ne liront peut-être pas intégralement les œuvres que vous mettez au programme? J’ai hâte de vous lire!

8 Comments on “Et si les élèves ne lisent pas intégralement les romans obligatoires?”

  1. Personnellement, je trouve que cette réflexion est biaisée et déconnectée de la réalité actuelle de l’éducation en classe. Où prenez-vous l’information que les élèves qui sont dans des groupes de lecture n’aiment pas lire ? La lecture, comme la peinture, le sport ou la musique, est une passion et un intérêt qui se développe et qui se transmet. Seul un adulte responsable, authentique, qui porte cet intérêt et cette passion intérieurement pourra la transmettre. Ainsi, si l’adulte partage un mépris envers la lecture dès le départ, il ne pourra pas convaincre les enfants de son importance.

    J’aimerais savoir sur quoi se base l’auteure pour écrire ce texte. Est-ce une expérience personnelle, une observation, ou le vécu de son enfant? Si c’est le cas, il est compréhensible qu’en tant que mère, elle soit préoccupée par le désintérêt de son enfant pour la lecture obligatoire. Cependant, je trouve le terme “dégoûté” un peu excessif pour décrire le manque d’enthousiasme d’un enfant à lire un livre.

    Même si un enfant n’aime pas lire, il existe des méthodes pour encourager la lecture à travers des textes plus courts et adaptés, favorisant ainsi des succès plus accessibles.

    Je voudrais également demander à l’auteure si elle-même aime lire, et si oui, quel type de livres elle apprécie. Préfère-t-elle encore les livres papier?

    Je trouve le texte de l’auteure un peu simpliste et son vocabulaire pauvre. Cela donne l’impression qu’elle exprime une blessure personnelle ou celle de ses enfants de manière maladroite.

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  2. Bonjour,

    Je ne suis pas certain que vous ayez une compréhension adéquate du programme de français. Vous mentionnez que notre mission, selon le PFEQ, est de mettre en contact les élèves avec des textes littéraires. Pourtant, une lecture attentive du PFEQ me donne une mission pas mal différente: aider et amener l’élève à se construire un répertoire personnalisé d’œuvres littéraires qui permettra à l’élève de se construire ses propres repères culturels. (PFEQ, 1er cycle, p. 99) De plus, on parle d’encourager l’élève à conserver des traces nombreuses et variées de ses lectures. « Ces traces prennent la forme, entre autres, de critiques, d’extraits, de fiches bibliographiques, de comparaisons entre des œuvres, de comptes rendus d’activités
    réalisées à partir de livres. » (Idem)

    À la page 100 du PFEQ, on parle même d’un minimum de cinq œuvres littéraires narratives complètes à lire à chaque année du 1er cycle du secondaire. Il me semble donc que ces éléments nous amènent pas mal plus loin que la simple mise en contact avec une œuvre. Il faut selon moi au contraire amener les élèves à s’approprier cette œuvre, à la comprendre, à la critiquer, à se positionner par rapport à celle-ci.

    Je suis cependant tout à fait d’accord avec vous relativement à l’obligation que tous les élèves lisent les mêmes livres en même temps. De même, j’ai de très sérieuses réserves face au fait de lier une lecture avec une évaluation formelle comme un examen. Toutefois, je crois fermement que notre travail consiste à amener nos élèves à découvrir des œuvres littéraires, à faire des choix face à certaines œuvres, à abandonner certaines lectures qui ne leur conviennent pas, mais à lire d’autres romans dans leur entièreté. Ce n’est que de cette façon qu’ils pourront se construire leurs propres repères culturels et développer leur culture. Après tout, comment peut-on critiquer une œuvre que l’on a pas lu au complet?

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    • Bonjour!
      Tout d’abord, merci pour votre réponse! J’ai aussi lu ces extraits du PFÉQ en rédigeant cet article. Il est vrai que l’élève doit se créer un répertoire personnalisé, mais il n’est pas mentionné que ces œuvres doivent être prescrites par l’enseignant.e. C’est pourquoi je me questionne réellement sur la nécessité d’évaluer les œuvres obligatoires en voulant vérifier si ces titres ont été lus par les élèves. Je crois qu’on met beaucoup d’énergie sur quelque chose qui n’apporte pas grand-chose de positif à nos élèves.
      De plus, je crois qu’on peut critiquer un livre sans l’avoir lu au complet. Certes, il faut qu’un nombre suffisant de pages ait été lu, mais il est tout de même possible d’expliquer pourquoi on ne voit pas d’intérêt à poursuivre une lecture. Ça reste, à mon avis, une critique qui peut être éclairée.

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      • Bonjour,

        Je vous remercie sincèrement pour avoir partagé ces points importants concernant l’approche du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ). Je suis ravie de savoir qu’il existe des enseignantes comme vous qui permettent aux élèves de construire leur propre répertoire culturel et de développer leur capacité à critiquer et à se positionner par rapport aux œuvres littéraires.

        Mon expérience précédente m’avait souvent exposé à des méthodes d’enseignement moins adaptatives et limitées en matière de choix de lectures. Cependant, d’après ce que vous partagez, il est clair que vous appliquez cette approche de manière exemplaire. C’est grâce à des enseignantes comme vous que les élèves peuvent vraiment s’approprier les œuvres, effectuer des analyses critiques et peut-être même intégrer leur propre développement culturel et intellectuel.

        Je suis reconnaissante pour votre retour éclairé et inspirant. Merci infiniment.

        Cordialement

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  3. Tout les gens que je connais déteste les livres obligatoire. Souvent, au primaire, ils commencent à aimer lire, mais les livres obligatoires les dégoute. Ils ne les lisent même pas et font juste prendre les notes des autres. Même les gens qui aime lire, qui font partie du club de lecture, les déteste. Ils disent tous que ça gâche leur goût pour la lecture. Qu’ils n’ont plus le temp ni envie de lire leur propre livres. Je trouve que les livres obligatoires on perdu leur objectif. Bien sûr, à quelques reprisent, ils ont été adorés et ont même fait découvrir un genre littéraire aux élèves qu’ils ont adoré. Mais ça n’efface pas les autres.

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      • Bonjour,

        Je partage entièrement votre point de vue sur l’importance de redonner de la valeur aux livres, ainsi que de susciter l’intérêt pour la lecture à travers différents types et catégories d’écrits, et d’encourager les élèves à former leurs propres opinions et comparaisons.

        Il se trouve que j’ai déjà rédigé un article à ce sujet, bien que je ne l’aie jamais publié. Votre retour me pousse à penser qu’il pourrait être temps pour moi de le partager. Je suis ravie de pouvoir discuter de ces questions importantes avec vous. Pour bien des raisons, je trouve que la lecture est cruciale dans nos vies.

        Au plaisir de continuer cette conversation enrichissante.

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