Dans le ventre de la Mishta Shipu

Dominique Legendre, éditions St-Jean, 2023, 253 pages.
Hélène a quitté Baie-Comeau pour enseigner à Mani-Utenam, dans une nouvelle école codirigée par la communauté innue. Elle y fait des rencontres qui marqueront son destin et la garderont liée à cette communauté.
Ce livre se décline en trois univers, nous plongeant chacun dans un moment différent (1969 à Mani-Utenam, alors qu’Hélène quitte Baie-Comeau, 1980 à Sept-Îles, alors que la jeune Emma découvre un secret sur ses origines, et aujourd’hui, alors que l’enquêtrice Bianca Morin découvre un dossier classé rempli d’erreurs). Il est intéressant de suivre ces trois fils, se demandant ce qui les unit. Certes, quelques éléments deviennent rapidement évidents, mais l’émotion, qui est un point fort de ce roman, reste tout de même présente.
Même si l’autrice est allochtone, j’ai apprécié son désir de ne pas prendre la parole pour les Autochtones, mais bien d’entretenir un désir de réunion entre les communautés, ce qu’on constate d’ailleurs avec les personnages de son roman. Hélène, la protagoniste, arrive avec peu de connaissances, mais beaucoup d’ouverture, prête à tout pour s’adapter à la communauté qui l’accueille. C’est un roman qui me semble écrit dans un grand respect (mais c’est avec mon regard d’allochtone que j’écris ça!).
« Franchement, papa! Ici, il n’y a pas de maltraitance envers les enfants, j’en suis témoin! Les parents élèvent leurs enfants selon leurs propres valeurs, ils leur apprennent ce qui est nécessaire pour leur mode de vie, qui est différent du nôtre, tu comprends? Même si, selon toi, [l’autorité d’aide à l’enfance] a du sens sur papier et qu’elle vient de bonnes intentions, on impose notre façon de voir sans se soucier qu’elle soit vraiment bonne pour eux. Et si c’est vrai qu’un enfant se trouve dans le besoin, pourquoi l’envoyer à l’autre bout du monde au lieu de le remettre à une autre mère de la communauté, à une tante, à une amie? En les déracinant, ils perdront tout. Tu penses que ce n’est pas de la maltraitance, ça? »
Dans le ventre de la Mishta-Shipu, p.110
La beauté de ce roman réside dans les émotions qu’il nous fait vivre. On ressent l’esprit de communion, l’importance de la famille et du respect des autres et de la nature. Ce que vit chacun des personnages est triste, mais il réside une beauté derrière ces drames, une petite cendre qui garde le bonheur allumé grâce à l’entraide.
Bref, Dominique Legendre nous offre ici un roman doux dans lequel on brise le mur entre les Allochtones et les Autochtones pour mieux envisager une réconciliation.
Je viens de terminer l’excellent roman Dans le ventre de la Mishta Shipu. Avec un angle plus familial et émotif c’est un livre très bien écrit qui nous fait comprendre les raisons qui expliquent certains problèmes sociaux vécus par les Innus.
Il n’y a que des victimes parmi cette communauté dans cette histoire. Les coupables sont ceux qui ont opéré le génocide identitaire subi par les autochtones des Amériques.
Ce livre nous fait saisir la complexité de ce que vivent plusieurs autochtones encore aujourd’hui. On voit aussi une force , une résilience chez les innus qui selon moi est porteuse d’espoir.
Je termine en mentionnant que ma conjointe est la petite fille de John Maloney ( la Jack Monoloy de Vigneault. Nous allons souvent à Mingan pour y entendre les baleines et apprécier le paysage.
Merci
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Un génocide, c’est le mot juste! Merci pour votre commentaire!
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