Un pas de plus vers la réforme du participe passé?

Les réformes orthographiques ne datent pas d’hier. Dès 1990, plusieurs éléments ont été modifiés tels que l’accent circonflexe sur les lettres i et u dans certains mots où il n’est pas nécessaire (aout, ile, paraitre…). Cela dit, la réforme des participes passés, qui propose notamment de ne pas accorder le PP employé avec l’auxiliaire avoir, date d’un peu plus de 10 ans seulement. Certes appuyée par l’Association québécoise des professeur.e.s de français ainsi que par de nombreux linguistes, elle n’est pas encore acceptée.

Dans les dernières semaines, deux ouvrages de référence ont pris part au mouvement et ont signalé l’existence de cette réforme : le Bescherelle (publié par les éditions Hurtubise au Québec) et le dictionnaire en ligne Usito sur lequel on peut lire ceci :

Le participe passé conjugué avec avoir s’accorde traditionnellement en genre et en nombre avec le complément direct placé devant. La réforme de l’accord du participe passé autorise à laisser toujours invariable le participe passé conjugué avec avoir, qu’il y ait un complément direct placé devant ou non.

Si vous me suivez depuis un bout, vous savez que j’utilise déjà les rectifications orthographiques, que je suis en faveur de la réforme du participe passé et que j’utilise l’écriture inclusive. La langue écrite, pour moi, doit bouger et s’adapter à son époque. On pourrait donc croire que j’ai sauté de joie en lisant ces deux nouvelles. Hélas, pas complètement.

Certes, j’en suis fort heureuse. Je me dis qu’enfin, on remet le débat de l’avant, tout en montrant l’appui de deux entités importantes. Mais est-ce que la bataille est gagnée? Pas tout à fait. D’abord parce que si je me fie aux rectifications orthographiques de 1990, on n’est pas prêts d’adopter les changements en totalité, ensuite parce que l’OQLF et le ministère de l’éducation ne sont pas du même avis…

En effet, après la sortie des changements dans le Bescherelle et sur Usito, il est bien évident que plusieurs enseignantes et enseignants (dont moi) ont immédiatement pensé au fameux examen ministériel de 5e secondaire… Les élèves seraient-iels pénalisé.es s’iels n’accordaient pas leurs PPA?

Le vendredi 16 avril, une Info-Sanction a été envoyée dans les écoles, nous informant que

Aucun changement relatif à la correction de l’accord des participes passés ne sera apporté dans le cadre de la correction centralisée de l’épreuve ministérielle d’écriture de français, langue d’enseignement, de 5e secondaire.

Tant que la réforme ne sera pas acceptée et proposée par l’OQLF, je crains que les programmes de français restent, eux aussi, les mêmes. Avec l’implantation du nouveau programme repoussée à l’automne 2027, j’ose tout de même espérer un changement.

Dans un autre ordre d’idées, l’Info Sanction reçue mentionnait aussi que

l’utilisation de mots émergents qui ne sont ni masculins ni féminins, tels que iel, toustes, celleux, mix ou froeur, et de doublets abrégés, tels que l’administrateur/trice, les agent·e·s ou encore les étudiant.e.s, sera pénalisée dans le cadre de la correction centralisée de l’épreuve ministérielle d’écriture de français, langue d’enseignement, de 5e secondaire.

Une part de moi est très déçue de cette nouvelle (qui ne me surprend toutefois pas), mais une autre comprend que tant qu’on n’aura pas des balises claires sur la façon d’écrire de manière inclusive, il sera difficile de penser qu’elle pourra être acceptée dans l’examen ministériel… Bref, ce ne sont quant à moi que des preuves que pour arriver à apporter des changement à notre langue écrite, des personnes de différentes instances doivent prendre le temps de s’assoir et de discuter.


Projet d’oral : les changements dans la langue française

Ce qui m’a fait rire dans toutes ces nouvelles qui sont sorties, c’est que juste avant leur parution, j’ai abordé la réforme des participes passés ainsi que l’écriture inclusive avec mes élèves de 5e secondaire. Je leur ai fait lire des textes d’opinion présentant des points de vue des deux côtés, avec l’objectif, bien entendu, de travailler la lettre d’opinion, mais aussi de les amener à forger leur propre idée sur la question.

Après la lecture des différents textes, les élèves ont été amené.es à choisir un sujet (la réforme des PP ou l’écriture inclusive) et à défendre leur point de vue sur la question dans une courte vidéo argumentative.

Pour les curieuses et curieux, je n’ai qu’un seul groupe de 27 élèves. Quand j’ai circulé pour demander aux élèves leur avis sur la réforme proposée pour les PP, 4 élèves ont répondu qu’iels étaient en désaccord avec celle-ci. Et non, ce ne sont pas des élèves qui comprennent la règle en claquant des doigts.

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