Le boulevard (trilogie)

Jean-François Sénéchal, Éditions Leméac, Montréal, 2016, 302 pages.

Note : 5 sur 5.

À 18 ans, Chris, handicapé intellectuel, se retrouve seul dans l’appartement de sa mère. Du jour au lendemain, celle-ci disparait de sa vie et le met face à une autonomie à laquelle il répondra avec brio. Malgré cet abandon, Chris ne sera pas seul. Les gens autour de lui se mobiliseront pour lui offrir tout le support nécessaire. C’est à côté de Chris, sur le boulevard, que nous marcherons et évoluerons. Nous vivrons, avec lui, une quête vers l’autonomie, vers l’amour et l’épanouissement.

Chris, le protagoniste et narrateur, m’a tout de suite rejointe. J’ai été touchée par ce personnage sincère. Cet « imbécile heureux », comme il est surnommé, m’a fait sourire à plus d’une reprise. Sa peine due au départ de sa mère m’a fait détester cette dernière au plus haut point. L’attachement que j’avais pour Chris m’a brouillé les idées et a rendu cet abandon incompréhensible. Comment laisser tomber un jeune homme aussi lumineux? Je tente toujours de ne pas juger les gens pour leur geste puisqu’on vit chacun nos problèmes de façon différente. Mais dans cette lecture, je me suis tant attachée à Chris que je n’ai pu m’empêcher d’être en colère contre sa mère. Les différentes gammes d’émotions sont un des points forts de ce roman.

Sans être dramatique, le récit est touchant. L’amour y est dépeint sous toutes ses formes : amitié, famille, incapacité à détester… On en vient à comprendre que l’amour est omniprésent, et ce pour tout le monde. Chris, Madame Sylvester, Chloé, Joe, Tania… Tous ont droit au bonheur. L’entraide entre les personnages du roman est impressionnante. C’est le genre de relation qu’on voudrait tous avoir, c’est le genre d’entourage sur lequel on sait qu’on peut compter.

Je ne pourrais conclure cet article sans traiter du vocabulaire. Chris étant le narrateur, on fait face à une langue sincère, naïve. Les mots de Chris viennent nous chercher au plus profond. Ils nous permettent de mieux le comprendre, de nous mettre dans sa peau et de vivre son désarroi avec lui.

Si vous cherchez une lecture touchante, qui inspire le bonheur, je vous conseille Le boulevard sans hésiter. C’est un baume pour le cœur.

« Je sais que t’aurais aimé ça que je sois intelligent, maman. […] J’ai essayé d’être intelligent, c’est sûr et certain, j’ai vraiment essayé fort, mais ça marche pas, c’est trop difficile. Moi aussi j’aurais aimé ça être intelligent, maman, j’espère que tu le sais. Comme ça, je t’aurais pas rendue triste, pis t’aurais pas eu honte de moi jamais. » (Le boulevard, p.85)


Au carrefour

Jean-François Sénéchal, Leméac éditeur, Montréal, 2018, 313 pages. 

Après avoir été abandonné par sa mère à l’âge de 18 ans, Chris, jeune déficient intellectuel, vit avec sa copine Chloé. Du jour au lendemain, ce jeune adulte qui fait difficilement face au changement doit composer avec une grande nouvelle. À partir de ce moment, toute sa vie semblera débouler.

J’étais si contente de retrouver Chris, du roman Le boulevard, que je considère presque comme mon ami. Je ne le dirai jamais assez, ce jeune homme est une inspiration. Un peu comme Auggie dans le roman et le film Merveilleux, malgré ses difficultés et sa différence, il brave les tempêtes avec un sourire et un optimisme contagieux. Jamais il ne se plaint, car pour lui, tout semble avoir une raison d’être. Il contemple la vie avec des yeux naïfs et émerveillés.

« Mais on a été obligés d’attendre pendant longtemps entre les deux pays, par exemple. C’était pour que des monsieurs regardent partout dans le camion. J’imagine qu’ils voulaient être sûrs que tout était parfait pour qu’on fasse un beau voyage aux États. » (Au carrefour, p.181)

Dans ce tome, on retrouve un Chris un peu plus inquiet. Les aléas de la vie d’adulte lui sont tombés en plein visage, et ce sans crier gare. Plus de questions traversaient son esprit. Même si Chris est « en retard » comme il dit, ses questionnements face à la vie d’adulte passent par n’importe quelle tête de jeune personne de 20 ans confrontée du jour au lendemain à des obligations auxquelles elle n’était pas prête. On se rend alors compte que malgré sa différence, Chris reste avant tout un humain. Et c’est là que se cache la beauté de ce roman (et du premier, Le boulevard).

Encore une fois, l’auteur, Jean-François Sénéchal, a donné à son narrateur une voix lumineuse et ô combien attachante. Ses réflexions sur la vie, ses espoirs de retrouver sa mère, sa capacité à pardonner et à toujours avancer font de lui un personnage peu commun, mais qu’on voudrait tous et toutes côtoyer. Je te le dis, Chris, tu vas me manquer!

« C’est normal, parce qu’à part le pénis pis le vagin, un gars pis une fille, c’est pas mal pareil. Des fois, ils sont habillés en bleu ou en rose, c’est plus facile à deviner, même si les couleurs, ça veut rien dire. C’est comme quand tu portais ta belle robe bleue, personne aurait dit que t’étais un gars en te voyant avec » (Au carrefour, p.52).


Les avenues

Jean-François Sénéchal, Leméac éditeur, 2020, 311 pages.

« Je pourrais t’écrire tellement d’affaires que je remplirais au moins trois livres avec ça. » (Les avenues, p.10)

Dans ce troisième tome de la trilogie Le boulevard, on retrouve Chris le papa, mais aussi Chris le fils qui veut toujours retrouver sa maman. Même s’il a maintenant sa propre famille, il persévère dans sa quête de revoir sa mère et de la rendre fière. 

Je ne m’attendais à rien de moins de la part de Jean-François Sénéchal. Comme dans les deux autres romans mettant en scène Chris, cet « imbécile heureux » brillant et attachant, j’ai passé un moment de lecture merveilleux. Malgré les difficultés vécues par Chris, son abandon par sa mère, on ne ressent aucune pitié pour lui puisque ce n’est rien de moins qu’un petit rayon de soleil. On retrouve, dans ce roman, sa résilience, sa capacité à pardonner et à aimer sans inquiétude.

« Je suis peut-être en retard, mais je sais comment être heureux. » (Les avenues, p.159)

Étant nouvellement maman, je dois dire que ce tome est particulièrement venu me chercher. Même si je ne peux pas complètement comparer ma situation à celle de Chris, nous vivons, tous les deux, une nouvelle aventure : la parentalité. J’ai été émue par sa capacité à se débrouiller, à demander de l’aide. J’ai été frustrée par ceux et celles qui doutaient des capacités de Chloé et lui, ceux et celles qui avaient toujours mille et une critiques à leur faire. J’ai même pu y retrouver de petites parcelles de ma vie, montrant alors que Chris est un parent à part entière, comme n’importe quel autre, comme moi!

Je clos ce livre en me disant que bien qu’il s’agisse du dernier tome et que je doive laisser s’envoler Chris, ce n’est certainement pas la dernière fois que je le côtoie. Je relirai cette trilogie avec grand bonheur, que ce soit pour la présenter à mes élèves ou à ma fille (ou mes enfants si, rendue à l’adolescence, elle a un petit frère ou une petite sœur!). Puis, pour ceux et celles qui n’auraient pas encore fait la rencontre de Chris, c’est à mettre en haut de votre pile. Ce jeune homme vous fera un bien énorme!  

Ah, et dernière chose! Jean-François Sénéchal vient de détrôner Occupation Double avec son « Chez-nous »! Pas le choix de lire le roman pour comprendre!

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