L’arbre de Josué

Sonia K. Laflamme, Éditions Bayard Canada, Montréal, 2016, 223 pages.

Josué, adolescent de 15 ans, vit avec ses parents dans un mobile home près de la route 66 en Arizona. Son père et sa mère sont deux monstres, et lui n’est, pour reprendre ses mots, qu’une « petite merde ». Il ne parle pas, il n’a pas d’ami autre qu’un arbre et sa branche à qui il se confie. Chaque jour, il fuit la maison pour ne pas voir sa mère s’enfoncer de plus en plus dans son alcoolisme et son inertie. Il attend alors de voir le troupeau de mustangs soulever le sable et s’assoit sous son arbre pour réfléchir.

Ce roman jeunesse est très philosophique. Il nous pousse à réfléchir sur plusieurs sujets difficiles dont la violence conjugale. En effet, la mère de Josué est battue par son mari (même chose pour Josué qui est battu par son père). Même si cet homme n’est présent que les fins de semaine, la maman de Josué reste à la maison, sans bouger. Comme si elle attendait que son mari revienne et la batte. Il y a là plusieurs réflexions à se avoir. Avec son arbre, Josué entretient de très belles conversations qui, justement, nous font aussi beaucoup réfléchir en tant que lecteur. Enseignants et parents, vous pourrez facilement introduire des séances de discussion et des débats.

« Ce qui ne l’empêche pas de ne savoir rien faire à part prier, ranger, boire, se faire tabasser. Si elle quitte la roulotte, que deviendra-t-elle? Comment subviendra-t-elle à ses besoins? » (L’arbre de Josué, p.103)

Les descriptions dans ce roman valent le détour. Les personnages sont peints de manière à ce qu’on puisse facilement les imaginer. Chacun de leur trait est caricaturé. On comprend alors à quel point les parents de Josué sont misérables, sombres, brisés. J’avais toutefois le cœur brisé chaque fois que Josué se décrivait lui-même. De voir à quel point il se détestait, à quel point il ne valait rien à ses yeux. Il erre dans le désert – et dans son corps – comme une âme en peine. Comment alors ne pas être touché par ce personnage terrassé? On le voit bien avec ses réflexions, ses références culturelles que c’est un jeune homme avec un potentiel immense.

« J’étais une petite merde. Du genre de trop. Du genre qu’on n’a pas désirée. Comme une chiure écrasée contre un parebrise. » (L’arbre de Josué, p.12)

L’arbre de Josué n’est pas un roman rempli de rebondissements. L’histoire est fidèle à la vie de Josué. Tout va très lentement. Après tout, il vit dans le désert, presque seul au monde. J’ai d’ailleurs apprécié le fait que le récit soit campé dans cet environnement. Cela nous faisait encore plus sentir cette réclusion. Chez lui, c’est toujours la routine : fuite, violence, dodo. Le roman va donc dans ce sens : on vit avec lui sa peur de ses parents, la peur de sa mère face à son mari, l’ambivalence de Josué entre le désir de fuir et celui de rester, l’espoir lorsqu’il rencontre finalement une femme qui pourrait l’aider à sortir de cette solitude et le désespoir lorsque la routine recommence.

Je recommande vraiment ce roman. Et je souhaite que les adultes ne se bornent pas à l’idée que c’est un livre classé « jeunesse ». Il plaira certainement à un public de tous âges!

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