Bouche cousue

Marilou Addison, éditions de Mortagne, 2019, 324 pages.

La narration de ce roman nous plonge dans un quotidien un peu étrange, qu’on peut rapidement comprendre meurtrier. Outre la tendance du personnage à garder compulsivement une foule d’objets, on réalise bien vite que ce que cette protagoniste conserve n’est pas qu’inanimé – ou du moins, ne l’a pas toujours été. C’est à travers une narration immonde qu’on entre peu à peu dans la tête de ce personnage répulsif.

Le début, même la quatrième de couverture, nous plonge déjà dans un quotidien de crimes dénués d’émotions. Tout est raconté de manière détachée, comme si notre protagoniste, qui est aussi notre narratrice, avait un quotidien banal. Or, c’est à un lot de chair et de sang que nous sommes confrontés en tant que lecteurs et nous savons très bien que rien de tout ça n’est habituel. C’est donc avec un sentiment d’abomination que j’ai traversé la lecture de ce roman.

« Je comprenais un peu sa réaction, mais, en même temps, je n’avais pas prémédité cette mort, alors il n’avait aucune raison de m’en tenir rigueur. C’était un bête accident! Oui, c’était presque encore un enfant, mais je ne faisais pas de discrimination, moi. J’étais équitable envers tous, au fond. » (Bouche cousue, p.100)

Étant donné la particularité du personnage et sa tendance à tout garder compulsivement, la visite d’un travailleur social vient pimenter le récit et ajouter un petit côté empathique. En tant que lecteurs, nous sommes nettement plus au courant que lui de ce qui se trame dans cette maison, donc nous savons que toutes ses conclusions sont trop sympathiques pour la monstruosité du personnage. On a alors envie de le trouver un peu nono, mais, en même temps, charmant de bien vouloir sauver cette narratrice qu’on ne peut que détester.

Malgré les quelques longueurs, j’ai été très surprise par cette histoire. En effet, son côté répugnant nous entraine vers des dénouements auxquels on ne s’attendait pas. Le côté déroutant du personnage nous suit jusque dans notre lecture où nous sommes lancés de gauche à droite sur des avenues qu’on ne croyait pas exister. Il ne s’agit pas ici d’une lecture légère. Oh que non!

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