Les enseignant.e.s tuent-iels le plaisir de lire?

C’est raide hein? C’est pourtant une question que je me pose souvent. En tant qu’enseignant.e.s, sommes-nous responsables de cette lumière qui s’éteint quand nos jeunes pensent au plaisir de la lecture?

Du primaire au secondaire

Pour avoir travaillé au 1er ainsi qu’au 2e cycle du secondaire, j’ai vu une différence majeure quant au plaisir de lire chez les élèves. Au début du secondaire, bien qu’on ait évidemment des élèves qui n’aiment pas lire, pour une grande partie de celleux-ci, ça ne semble pas encore être une corvée. Quand on arrive au 2e cycle, c’est différent. Le plaisir de lire est nettement moins présent et plusieurs élèves sont découragé.e.s lorsqu’on leur présente un nouveau roman. Pourquoi?

Un quotidien plus occupé ou une lourdeur de la tâche?

Certes, nos ados sont occupé.e.s. Concilier l’école avec le travail et la vie personnelle, ce n’est pas évident, même pour nous. Quand je demande à mes élèves du 2e cycle, en début d’année, si la lecture fait partie de leur quotidien, les réponses que j’obtiens le plus souvent sont Je n’ai pas le temps ou C’est plate lire! Pourtant, quand je leur laisse un livre entre les mains, que je leur laisse du temps en classe pour le lire et, qu’en plus, iels ont le choix de leur livre, l’acte ne parait plus si plate. Alors, c’est encore possible de retirer un certain plaisir de lire… quand c’est fait dans des circonstances attrayantes! Est-ce donc juste une question de manquer de temps ou c’est aussi un peu la faute des examens qui accompagnent les lectures obligatoires qu’on offre sans mise en contexte, sans accompagnement?

Questionnons-nous sur nos pratiques en lecture

Laissons-nous à nos élèves le temps de se plonger dans des livres qu’iels aiment? Il me semble évident que si on s’attend à ce que la lecture pour le plaisir ne se fasse qu’à la maison, il y a de fortes chances que ce ne soit fait que par une minorité d’élèves. Pourquoi? Parce que celleux qui n’aiment pas lire ne seront pas tenté.e.s de le faire, priorisant leurs activités préférées – ce qui est tout à fait normal, on s’entend! Aussi parce que ce ne sont pas tous les élèves qui ont accès à des livres à leur pointure. La bibliothèque dans tout ça? Comment se retrouver dans des étalages aussi fournis quand on ne se connait pas soi-même en tant que lecteurice?

Laissons-nous à nos élèves la chance de faire des choix? Je ne doute pas de nos choix littéraires. Il reste important, à mon avis, d’avoir des lectures communes pour partager des éléments culturels et un bagage. Cela dit, est-ce nécessaire de ne donner que des livres qu’on choisit, les uns après les autres, sans laisser de répit aux élèves? Nos grand.e.s lecteurices qui mangent les pages passeront vite à leur lecture préférée. Mais nos lecteurices qui aiment moins (voire qui n’aiment pas!) lire n’auront jamais le temps de se plonger dans une lecture qui les allume ou au moins, qu’iels ont choisie!

« L’enseignant crée un
climat d’ouverture propice au partage du plaisir de lire »

Programme de formation de l’école québécoise, français, 1er cycle, p.99

Laissons-nous nos élèves lire pour le plaisir? Est-ce nécessaire de lier chaque lecture à l’évaluation? Peut-on se permettre de lire un livre pour le plaisir, sans l’exploiter (parce que c’est ça, hein, on exploite le livre, on en tire profit, on le lit pour ses simples bénéfices, sans penser au reste. Aucun jugement ici, je suis la première à le faire!). Discuter d’une œuvre, de ce qu’elle nous a fait ressentir, sans nécessairement prendre de notes ou évaluer les échanges, n’est-ce pas une façon de construire du sens, d’acquérir des connaissances sur les textes, la langue et la culture, et de réfléchir à sa pratique de lecteurice (PFÉQ, p.97-98)?

Nos lectures obligatoires sont-elles contextualisées? On en passe des séries-classe à nos élèves. Avec le budget minime qu’on a, c’est presque inévitable. C’est aussi une belle façon de partager une œuvre. Cela dit, comment cette œuvre est-elle remise à nos élèves? Un cours ici, avec une date butoir pour terminer la lecture (date qui correspondra aussi à l’examen)? N’est-ce pas là une façon d’associer la lecture à l’évaluation (donc au stress de celle-ci) et d’éteindre le feu qui anime le plaisir de lire cette œuvre qu’on a choisie parce qu’on l’aimait? Si on tient à cette évaluation postlecture, prenons au moins le temps de contextualiser le roman. D’en présenter les grandes lignes, d’expliquer pourquoi on l’a choisi pour montrer aux élèves qu’il ne servira pas qu’à une évaluation. La lecture doit profiter à l’élève!


Bref, je ne détiens pas la science infuse. Je me questionne à voix haute et vous invite à faire de même. Certes, développer le plaisir de lire est un élément essentiel de mon cours de français. Chaque enseignant.e vise un élément différent, et c’est ce qui est beau! Mais peut-on tou.te.s faire l’effort de rendre la lecture un minimum attrayante pour que nos élèves sourient en découvrant les beautés de la littérature?

4 Comments on “Les enseignant.e.s tuent-iels le plaisir de lire?”

  1. Perso, je pense que certains professeurs ne choisissent pas les bons livres. Déjà, je pense qu’ils devraient prendre des livres d’auteurs récents sur des sujets qui intéresse beaucoup ! Tampis si ce n’est pas de la très grande littérature du moment que les élèves aiment. Moi, j’adooooooooore lire mais je DETESTE lire avec le collège… parce que je trouve les livres qu’on nous fait lire NULS !
    Je pense aussi que pour les plus petits (avant CM1) il faut beaucoup lire le roman avec eux en classe et expliquer chaque moment. Cela les rassurera et leur montrera que lire un roman n’est pas insurmontable.
    Voilà, c’était mon avis, merci pour cet article, cela m’a permis de parler de ce sujet avec mes parents (eux aussi professeurs et ex prof) !

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