Partie 5: Conclusion

Une relecture nécessaire?

L’image de Nelly Arcan ou plutôt le paradoxe qu’elle représentait peut avoir une influence considérable sur la lecture de son premier roman. Comment cette femme vulnérable et craintive peut-elle décrire quelque chose d’aussi violent? « J’ai voulu la relire pour saisir l’étrange clivage entre sa timidité et l’impudeur de son écriture, virulente et indignée », affirme Elsa Pépin, journaliste (1) p.52). Sans se sentir concerné par cette ambiguïté que représente l’auteure, on peut voir le texte comme une critique virulente des femmes et des hommes. Une critique exagérée qui dégoute et qui ne rejoint que très peu de lecteurs. Pourtant, quand on voit la fragilité de Nelly Arcan, on en vient à se questionner sur les motifs derrière l’écriture de Putain. Est-ce une demande d’aide? Devrions-nous, nous aussi, prendre connaissance de ce problème? Une relecture du roman avec en tête la vulnérabilité de l’auteure, telle qu’initiée par la journaliste Elsa Pépin, est peut-être nécessaire pour mieux comprendre ses intentions. Ce qu’il faudrait voir en lisant Putain est la demande de support. Nelly Arcan a mis sa voix dans celle de Cynthia. Peut-être parce que Cynthia pouvait critiquer sans honte, grâce à la fiction, un problème qui hante son auteure. Relire Putain, c’est se donner une seconde chance de comprendre Nelly Arcan.

Le rattachement de l’auteure à son personnage

Comme il est possible de le voir avec l’entrevue à Tout le monde en parle ou avec Christiane Charrette, ce qui intrigue le public est la portée autobiographique dans le récit Putain. « Nelly Arcan est-elle LA putain? » (2) On se questionne sans cesse à savoir si ce qui est raconté a été vécu. Est-ce sa façon de penser? Voit-elle réellement sa mère comme une « larve »? Le roman choque déjà par son titre provocateur et son histoire particulière. Une certaine curiosité quelque peu malsaine pousse le lectorat à en vouloir davantage, à mettre un vrai visage sur cette Putain. Dans une entrevue donnée au magazine Elle en 2001, Nelly Arcan est confrontée à cette première question : « Putain, fiction ou réalité? » (Article disponible sur son site internet officiel) Après la lecture du premier roman d’Arcan, c’est ce questionnement qui reste dans la mémoire d’une grande part du public. Il y a pourtant dans cette œuvre un vocabulaire riche et une écriture sans fin qui valent la peine d’être salués davantage.

La vague médiatique qu’a entrainée Nelly Arcan pourrait avoir influencé ces lectures. « Au début des années 2000, il n’y avait pas plus bruyant dans les médias que Nelly Arcan. Elle correspondait à tout ce qui excite les milieux littéraire et journalistique. Belle, jeune, scandaleuse, talentueuse » (1) p.93). Sa beauté et son passé faisaient le tour des médias. Il est compréhensible que la lecture de Putain ait tout de suite été reliée à cette image que projetait Nelly Arcan. Comment oublier sa putasserie? Cet affront qu’elle avait de montrer cette image sous les projecteurs en a laissé certains perplexes : « Je ne comprenais pas que l’on puisse avoir ce front – publier un livre avec ce titre, dire sur la place publique que l’on avait pratiqué la prostitution. » (1) p.130) Certes, Isabelle Boisclair, auteure de ce texte, a fini par s’adonner à la lecture de Putain. Combien ont-ils eu la même réaction et l’ont finalement laissé de côté, se sentant attaqué par la putasserie d’Arcan?

Et si le roman n’avait pas été décrit comme un « récit »? Et si Nelly Arcan était apparue sous les projecteurs avec une image d’auteur  plus traditionnelle? Et si son passé d’escorte n’avait jamais été dévoilé au grand jour? Est-ce que la lecture de Putain aurait été différente? À mon avis, oui. On aurait peut-être critiqué sa vulgarité, mais on aurait sans doute salué sa plume essoufflée.

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Source: La Presse

Conclusion

En conclusion, la réception critique axée sur l’image de Nelly Arcan aura laissé le lecteur avec un besoin continu de faire la part entre la réalité et la fiction dans Putain. Arcan a tenté d’afficher l’auteure qu’elle était. Malgré ses tentatives de prouver à tous que son écriture valait la peine d’être saluée, c’est son image controversée qu’on a remarquée. Elle n’a pas su nous faire oublier ce côté obscur, son passé critiqué. Nelly Arcan critiquait, mais ne changeait pas. Elle a soulevé dans Putain un mal de vivre et un mal de société important qu’elle n’a pas été capable de combattre elle-même. La publication de son roman ne l’a pas sauvée : « Même si le succès de mon premier livre m’a permis de me faire une place comme écrivaine, ça ne m’a pas libérée de mon mal de vivre. » (1) p.33) La dimension discursive de sa posture n’aura pas su faire oublier à la réception critique sa dimension non-discursive. Il est malheureux d’en prendre compte, mais on se souviendra de Nelly Arcan la Putain avant de se souvenir de Nelly Arcan l’écrivaine.

 À observer différentes vidéos et photographies de Nelly Arcan à travers les années, on peut constater un grand changement dans son apparence. Mettre cette évolution en parallèle avec les thématiques de l’apparence et de la femme qui restent omniprésentes dans ses romans suivants pourrait fournir un éclairage sur la question de la contradiction qu’est Nelly Arcan.

Bibliographie

(1) LAROCHELLE, Claudia. Je veux une maison faite de sorties de secours : réflexions sur la vie et l’œuvre de Nelly Arcan, 1ère édition, Montréal, VLB éditeur, 2015, 236 pages.

(2) MASSIE, Marie-Claude. « Nelly Arcan : Putain à ses heures? », Canoë divertissement, [En ligne], 26 novembre 2011, http://fr.canoe.ca/divertissement/livres/entrevues/2001/11/26/1748477-ca.html (Page consultée le 25 février 2016).

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