Le stéréotype de genre en éducation

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Dessin réalisé par Jacques Azam (© Milan Presse)

Avec la venue des écoles publiques mixtes, les élèves font de plus en plus face à une éducation interculturelle où filles et garçons étudient dans un même établissement, et reçoivent un même enseignement. Chaque apprenant étant unique, il est important de prendre en compte leurs différences. Toutefois, bien que le féminisme gagne en popularité et que dans certains pays, dont le Canada, l’égalité homme femme soit de plus en plus reconnue, il reste beaucoup de stéréotypes de genre, notamment en éducation.

Les enseignants d’école mixte font face à des élèves filles et garçons, et ce, dans une même classe. Bien que la société québécoise défende une égalité des sexes, les stéréotypes de genre continuent d’être véhiculés. On continue de croire que les garçons sont meilleurs en mathématiques, qu’ils sont plus dérangeants, qu’ils sont plus manuels, que les filles sont plus intelligentes, plus artistiques et qu’elles bavardent davantage. Une multitude d’autres exemples pourraient être soulevés, illustrant ainsi l’omniprésence de stéréotypes de genre.

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Illutration d’Aurélie Tieche, tirée des fiches pédagogiques pour élèves du primaire du site Stéréotypes pas mon genre: http://stereotypespasmongenre.be/index.html

Ces croyances font partie de notre manière de penser, donc influencent la vision qu’ont les enseignants des élèves et de leurs apprentissages. En classe, les enseignants ont donc tendance à avoir des attentes différentes envers les élèves selon leur sexe. En effet, selon Mosconi (2009), les enseignants sont plus patients à l’égard des comportements dérangeants des garçons, puisqu’ils s’attendent à ce que ceux-ci soient plus actifs. Au contraire, quand une fille dérange, les enseignants ont tendance à être plus sévères ne s’attendant pas d’une fille à ce qu’elle déroge des règles de classe. Les stéréotypes de genre influencent donc ici la gestion de classe des enseignants qui ont des attentes face aux élèves selon leur genre. Dans sa recherche, Duru-Bellat (1995) soulève quant à elle que les enseignants accordent plus d’attention aux garçons et font plus d’efforts pour créer des activités qui leur plairont, considérant qu’on s’attend à ce qu’ils aient de moins bonnes notes. Les filles sont ainsi mises de côté, puisque le stéréotype nous pousse à croire que le genre féminin a moins de difficulté à l’école.

Les stéréotypes de genre dans les manuels scolaires

Beaucoup d’enseignants travaillent avec des manuels scolaires, que ce soit en univers social, en français, en mathématiques ou en sciences. Malheureusement, ces manuels inculquent parfois des valeurs stéréotypées. Sinigalia-Amadio (2011) a d’ailleurs étudié les manuels scolaires français à ce sujet. Elle a notamment remarqué que les femmes sont souvent sous-représentées quand on traite d’emplois. « Toutes les professions prestigieuses comme capitaine des pompiers, explorateur, médecin, artiste, pilote, marin, astronaute, architecte, politicien, sont l’apanage des hommes » (Daréoux, 2007). On traite davantage des femmes quand il s’agit d’éduquer ou de s’occuper des enfants. Les jeunes filles ont donc peu de modèles féminins œuvrant dans d’autres domaines. En outre, bien qu’elles aient de bonnes notes, les filles se dirigent moins souvent que les garçons vers des formations professionnelles après le secondaire (Ministère d’Éducation Nationale en Enseignement Supérieur de Recherche, 2016).

Sinigalia-Amadio (2011) a également remarqué que les situations dans les manuels de mathématiques offrent des images très stéréotypées des garçons et des filles : elle possède une collection de poupées, lui de voitures, elle décore sa maison, lui la construit, elle dépense pour des vêtements, elle envoie trop de SMS… Les exemples tirés des manuels reprennent les stéréotypes de genre auxquels chaque individu fait face depuis sa naissance.

Daréoux (2007) a quant à elle étudié les manuels de français et les histoires qu’on fait lire aux jeunes. Elle y soulève entre autres que dans les contes de fées, on s’habitue à voir la princesse s’observant dans un miroir pendant que les garçons incarnent de preux chevaliers se battant pour sauver leur femme. Des modèles différents de princesses ont fait leur apparition chez Walt Disney (pensons à Pocahontas et Mulan par exemple). Toutefois, leur présence est moins imposante que celle des autres princesses. C’est le travail des éducateurs de présenter ce type de princesse pour que les jeunes filles aient un autre modèle vers lequel se tourner si elles ne se reconnaissent pas dans celui qui domine. Daréoux (2007) a aussi remarqué que les stéréotypes sont autant incarnés chez les animaux : « le sexe masculin est représenté par des animaux plus imposants en taille et en force, comme les éléphants, ou alors plus présents dans l’imaginaire collectif des enfants comme les ours et les loups, occupant par là-même une position plus valorisée ». Le rôle dominant et héroïque appartient donc le plus souvent au garçon, sur lequel est mise une pression importante.

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Présentation des collections Bibliothèque rose et Bibliothèque verte sur le site Hachette

L’impact des stéréotypes de genre dans le développement du jeune

Dès son plus jeune âge, le jeune est confronté à des stéréotypes de genre : la fille aime le rose, le garçon aime le bleu (pensons par exemple aux collections de romans de type première lecture « Bibliothèque rose » et « Bibliothèque verte » qui offrent aux jeunes lecteurs des histoires pour filles ou pour garçons), la fille est douce, le garçon est fort. Au plan cognitif, on entend souvent dire que les garçons sont meilleurs en mathématiques et en sciences, et les filles en français. « Tout se passe comme si dans notre système scolaire, il existait une division sexuée des disciplines scolaires et des filières : les sciences et les techniques sont territoire masculin, les lettres, les beaux-arts, les relations aux autres et les savoirs tertiaires, territoire féminin » (Dutrévis et Toczek, 2007). Si les filles obtiennent de moins bons résultats en mathématiques est-ce réellement parce qu’elles sont moins bonnes ou plutôt parce qu’elles ont tendance à offrir un moins bon rendement, sachant qu’elles sont catégorisées « plus faibles »?

Selon Désert (2004), les apprenants en viennent à développer une peur de l’échec, c’est-à-dire qu’ils en viennent à associer l’échec dans une matière où leur sexe est considéré plus faible comme une confirmation que leur genre est réellement plus faible dans ladite matière. Les stéréotypes font en sorte que les élèves ne se voient plus comme un apprenant unique, mais comme faisant partie d’un groupe qui est supposé apprendre et se développer d’une manière x.

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Crédit: Élise Gravel

Heureusement, la « menace du stéréotype » (Désert et al., 2002) n’affecte pas tous les jeunes. Certains élèves ne croient pas en ces stéréotypes et sont en mesure de comprendre qu’ils ne sont pas caractérisés par ceux-ci. Leur développement et leurs performances seront donc différents. Ils verront leurs échecs et leurs réussites comme leur appartenant.

Prenons conscience de cette présence des stéréotypes et travaillons à changer cette façon unique de penser. Dirigeons-nous et dirigeons les apprenants vers un monde égalitaire.

«L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde.» (Nelson Mandela)

Bibliographie

Daréoux, É. (2007). Des stéréotypes de genre omniprésents dans l’éducation des enfants. EMPAN, (65), 89‑95.

Désert, M. (2004). Les effets de la menace du stéréotype et du statut minoritaire dans un groupe. Ville, École, Intégration-Diversité, (138), 31‑36.

Désert, M., Croizet, J.-C., & Leyens, J.-P. (2002). La menace du stéréotype : une interaction entre situation et identité. L’année psychologique, 102(3), 555‑576.

Duru-Bellat, M. (1995). Filles et garçons à l’école, approches sociologiques et psychosociales. Revue française de pédagogie, 110(1), 75‑109.

Dutrévis, M., & Toczek, M.-C. (2007). Perception des disciplines scolaires et sexe des élèves : le cas des enseignants et des élèves de l’école primaire en France. Orientation scolaire et professionnelle, 36(3), 379‑400.

Mosconi, N. (2009). Genre et pratiques scolaires : comment éduquer à l’égalité ? (p.8). Université Paris X. Consulté à l’adresse http://eduscol.education.fr/cid47785/genre-et-pratiques-scolaires%C2%A0-comment-eduquer-a-l-egalite%C2%A0.html

Sinigalia-Amadio, S. (2011). Le genre dans les manuels scolaires français. Des représentations stéréotypées et discriminatoires. Trema, (35‑36), 98‑115.

2 Comments on “Le stéréotype de genre en éducation”

  1. Merci pour ce magnifique billet avec lequel je suis d’accord à 100% il reste beaucoup de stéréotypes de genre en éducation !

    Les parcours de décrochage et de raccrochage sont influencés par une socialisation différente des filles et des garçons. Les élèves qui adhèrent le plus aux stéréotypes sexuels sont ceux qui décrocheront le plus. Des recherches récentes montrent que les troubles de comportement et d’apprentissage des garçons à l’école sont en lien avec la construction de leur identité masculine.

    En faisant quelques recherches, je suis aussi tombée sur un sondage mené par le conseil du statut de la femme. Apparemment, 76 % du corps enseignant québécois estime que les garçons préfèrent naturellement les activités mobilisant les habiletés techniques et mathématiques tandis que 73 % sont convaincus que les filles sont plus appliquées et disciplinées. Enfin, 70 % sont d’avis que les filles réussissent mieux que les garçons en français.

    En voyant ces chiffres, ce sont là des stéréotypes de genre, qui consistent en l’attribution de rôles, de comportements ou de caractéristiques à des personnes en fonction de leur sexe, sans égard à leur individualité. Si le corps enseignant a ces croyances, cela va influencer tout le cursus scolaire d’un enfant vous ne pensez pas ? Je crois qu’à titre d’enseignant, il importe d’abord et avant tout de prendre conscience de ses propres préjugés, parfois inconscients, pour ensuite mieux les terrasser.
    Il est évident qu’un enfant pourrait voir son avenir influencé par ce que la société et le système scolaire attend de lui dû a des stéréotype de genre. Par surprenant, que filles et garçons évitent certaines filières reconnues par la société comme étant plus genrées de peur de se faire juger.

    En 1960, les filles suivaient la filière des écoles ménagères, des instituts familiaux et des écoles normales. Tandis que les garçons suivaient le chemin qui menait directement à l’université, ce qui fait qu’ils représentaient près de 95% des élèves inscrits. Ce cheminement faisait en sorte que les hommes œuvraient dans des emplois plus prestigieux et surtout les mieux rémunérés dans la société. Aujourd’hui, on a une proportion gars-filles semblable qui font leur entrée à l’université, mais les hommes continuent d’être mieux rémunérés que les femmes. Malheureusement, on a encore du chemin à faire dans l’égalité des sexes !

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour toutes ces informations! Très intéressant! Je crois aussi qu’on a encore du chemin à faire. Ce que j’entends le plus souvent entre autres est que les garçons n’aiment pas la lecture. Ça m’agace tellement! On parle aussi beaucoup de livres de filles et de livres de garçons. Ma mission est beaucoup d’éliminer ce genre de commentaires!

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