Addict

Jeanne Ryan, Éditions Robert Laffont, Paris, 2013, 347 pages.

Et si on vous proposait de relever des défis tout en vous filmant, afin d’obtenir de l’argent, un bien matériel que vous désirez depuis longtemps ou une bourse d’études? Seriez-vous intéressés? Vee, 17 ans, un peu influencée par l’intérêt que pourrait lui porter le beau Matthew si elle s’inscrivait, elle le fait. Elle commence par un défi, se disant que ce sera suffisant. Puis, la paire de souliers qu’elle reluquait lui est proposée pour un second défi. Comment dire non? C’est ainsi que Vee descendra dans l’enfer du jeu Addict aux côtés de Ian, son partenaire.

Le roman nous présente ici un jeu bien simple qui nous rappelle trop bien les nombreuses vidéos qu’on voit passer sur le net de gens qui tentent d’attirer l’attention en faisant des cascades ou en remplissant des défis tout aussi bêtes les uns que les autres. On y voit aussi jusqu’où le net peut aller, où s’arrête notre vie privée. Les prix offerts aux participants correspondent trop bien à leurs désirs. Vee, qui fait du lèche-vitrines sur le net, se voit rapidement offrir une paire de chaussures à sa taille et de la couleur qui l’attire. Addict contrôle tout. Une fois entrée dans le jeu, elle ne peut téléphoner ou recevoir des messages que quand le jeu le désire.

En plus des joueurs, on retrouve les Observateurs. Ces monsieur-madame Tout le monde qui paient pour regarder les joueurs s’humilier, s’en prendre à leurs proches, mettre leur vie en danger ou revivre un épisode de leur passé qu’ils veulent effacer. Ces Observateurs ont soif. Ils sont voyeurs. Ils brisent eux aussi la vie privée des joueurs en les suivant partout et en les filmant à leur insu. Ces Observateurs, ce sont les versions les plus extrêmes de notre société, ce sont ceux qui plutôt qu’aider un conducteur ayant fait une sortie de route, ils les prennent en photo pour les envoyer à tous les contacts. Ce sont ceux qui, en entendant les sirènes d’un camion de pompier se dépêchent sur les lieux pour voir qui est la pauvre victime. C’est vous, c’est moi. C’est le côté voyeur qui nous pousse à écouter des téléréalités complètement stupides où les candidats sont montrés sous le jour que le veut bien le producteur. Qu’est-ce qui fait vendre? Là est la question. Je pourrais m’éterniser longtemps sur le sujet. C’est ce que j’ai apprécié du roman. Il nous fait réfléchir à ce besoin de voyeurisme que nous comblons avec les téléréalités, avec les nouvelles qui nous dévoilent la planète sous un mauvais jour, avec les journalistes qui nous mettent à l’écran une pauvre mère en train de pleurer la disparition de son enfant. On nous donne ce qu’on veut voir. Addict a compris ce principe. Le jeu donne au public ce qu’il veut : des sensations fortes.

J’ai surtout apprécié le roman pour sa façon extrême de décrire une réalité omniprésente dans notre société numérique. On y voit la déchéance de l’homme moderne, son gout avide pour l’argent, le matériel et la popularité. Bien que j’ai lu plusieurs critiques soulignant que la protagoniste, qu’on décrit comme étant plutôt discrète, à l’arrière-plan et loin de ce genre de sensations fortes, semble peu convenir au rôle de joueuse, j’ai trouvé ce contraste intéressant. Vee est une adolescente comme les autres. Même si c’est une fille plus sérieuse et moins extravertie que sa meilleure amie par exemple, elle reste une jeune femme cherchant à obtenir une certaine reconnaissance, particulièrement d’un garçon en particulier. C’est je crois ce qui fait son charme et qui mettra certains Observateurs de son côté. Le gain de popularité ne rejoint pas que ceux et celles qui sortent de la masse. On a à peu près tous rêvé à notre quinze minutes de gloire.

« J’inspecte l’étendue des dégâts à la lumière de l’enseigne : je n’avais pas calculé avant de me verser de l’eau dessus que mon petit haut était en coton blanc. Ni que mon soutien-gorge était en fine soie légère. Moi, la costumière qui, en plus, bosse à temps partiel dans un magasin de vêtements, j’aurais peut-être dû anticiper la réaction de ces tissus au contact de l’eau. Je viens de m’autoproclamer Miss T-Shirt Mouillé. Aux yeux du monde entier! Mais qu’est-ce que j’ai fait? » (Addict, p.41)

Addict le livre ou Nerve le film?

 La question qui tue. Honnêtement, j’ai préféré la façon dont se déroulait le récit dans le livre. J’ai trouvé que les actions s’enchainaient mieux et que les défis étaient plus intéressants à cause de leur lien direct avec la vie des joueurs. Je me suis également davantage attachée aux personnages de Vee et Ian dans le livre. Toutefois, j’ai préféré la fin présentée dans le film. Celle-ci était moins abrupte et plus facile à croire que dans le livre. Si vous lisez le livre et voyez le film, ne vous attendez pas à une représentation exacte. On retrouve plusieurs différences entre les deux. Si vous aviez à choisir entre les deux, je vous conseillerais le livre sans hésiter.

Pour commander le roman et encourager les librairies indépendantes du Québec, cliquez ici.

Pour voir la bande annonce du film Nerve, cliquez ici.

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