Pivot

Marie-Eve Cotton, VLB éditeur, Montréal, 2017, 241 pages.

On se trouve dans l’unité psychiatrique de l’hôpital Sainte-Marie à Montréal. Des hommes et des femmes s’y retrouvent, certains pour la première fois, et d’autres, comme Pivot, pour la douzième fois. Chacun a une raison particulière pour y être, mais plusieurs prétendent que leur place n’a pas lieu d’être ici. Hadrien Jalbert, alias Pivot, en est un de ceux-là. S’il est interné, c’est à cause du Système qui lui met tous ses proches à dos et qui manigance contre lui. Malgré sa colère d’être enfermé pour rien, Pivot ne peut s’empêcher de s’attacher à ses colocataires, plus particulièrement à Mary, la nouvelle. (Le personnage de Mary étant anglophone, il faut comprendre l’anglais un minimum si l’on veut profiter du roman au maximum et comprendre les dialogues de la jeune femme.)

J’ai une fascination pour tout ce qui concerne la psychiatrie et les maladies mentales. Ce roman tombait exactement dans mes cordes, donc j’étais très excitée à l’idée de m’y lancer. Je n’ai pas été déçue du tout. Bien au contraire! J’ai été surprise d’entrer autant dans le récit, de m’attacher aux personnages et à leurs folies. Marie-Eve Cotton, l’auteure, a su nous dépeindre les personnages de manière à ce qu’on puisse facilement se les imaginer. Je pouvais voir Pivot, Mary et Jésus marcher dans leur jaquette sur l’étage de psychiatrie. Je ne pourrais pas dire que sa façon de brosser le portrait des personnages m’a permis de mieux les comprendre, car il est impossible de comprendre ce qu’on ne vit pas, mais elle m’a permis d’être plus indulgente, plus empathique face à leur rejet de la société.

« Depuis des années, elle répétait à qui voulait l’entendre que le traitement des malades mentaux devrait se faire dans des institutions spécialisées, en dehors des hôpitaux. On éviterait par le fait même le désagrément de côtoyer les soignants en psychiatrie. Pour se coltiner des cinglés à longueur de journée, forcément, il fallait des affinités » (Pivot, p.129).

Bien que ce ne soit pas un roman rempli d’actions, on en découvre de plus en plus sur chacun des personnages de façon progressive. Une surprise n’attend pas l’autre. Marie-Eve Cotton a eu cette capacité de ne pas tout dévoiler et de laisser au lecteur le plaisir d’apprendre à mieux connaitre Pivot, comme Mary. Cette dernière, d’ailleurs, a une fragilité qui nous lie tout de suite à elle. Les voix qu’elle entend, on voudrait les faire taire pour qu’elle ait enfin un moment de répit. Pivot éprouve pour elle un amour inconditionnel duquel tous les membres de l’unité peuvent témoigner.

Je ne pourrais écrire cet article sans passer sous silence le protagoniste, Pivot. Ce personnage qui nous fait pitié, mais qui en même temps semble si sûr de lui, si fort mentalement. J’aurais voulu le brasser à maintes reprises pour qu’il les prenne ses médicaments et qu’il oublie ce Système qui tente de lui pourrir la vie. Mais, petit à petit, on réalise que s’il n’y croit plus, c’est toute une vie qu’il devra recommencer. Et qui dit que ce Système ne reviendra pas le hanter?

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« Personne ne hait la folie autant que les fous. Quand ils émergent de leurs délires, quand ils se retrouvent ni dieu ni homme-oiseau, les psychotiques réintègrent la petitesse de leur humanité et doivent faire face à tous les gens en présence de qui ils se sont comportés de manière farfelue. Ils en ressentent une humiliation que personne ne peut comprendre, et lutter contre cette honte est une guerre harassante » (Pivot, p.158).

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