Le petit Abram

Philippe Simard, Éditions L’Interligne, Ottawa, 2016, 161 pages.

Abram, 14 ans, est follement amoureux de Zaéma. Les deux jeunes, qui passent beaucoup de temps ensemble et se connaissent très bien, rêvent de se marier. Malheureusement, comme la famille d’Abram est pauvre, les parents de Zaéma ont déjà choisi un autre mari pour leur fille. Contraint de se voir enlever Zaéma, de réciter le Livre sans pouvoir poser de questions, de vivre dans une société où tout est question de coutumes et de traditions, et où le changement ou le rêve sont une quasi insulte, Abram rêve de faire comme son oncle et de quitter le pays vers l’Europe. Là-bas, il pourra se trouver du travail et revenir chercher sa belle Zaéma dans une voiture qui sera le symbole de sa nouvelle richesse.

Le petit Abram est un vrai choc culturel. Le jeune homme, qui vit dans une société où questionner les méthodes traditionnelles est presque impossible, ne peut s’empêcher de rêver à une liberté qui lui permettrait de vivre son amour avec Zaéma, mais aussi d’en apprendre toujours plus sur le monde. Malheureusement, celui-ci doit faire face à une institution où le seul apprentissage est celui du Livre, que tous les apprenants doivent connaitre par cœur.

« On apprend et on répète tout, et on évite de poser des questions. Le professeur nous a plusieurs fois expliqué qu’y a des choses qu’on doit savoir sans chercher à comprendre. […] Le professeur nous a juré que, quand on sera plus vieux, on sera contents de savoir par cœur tout plein de phrases importantes, parce qu’alors elles nous indiqueront quoi penser, quoi dire et quoi faire » (Le petit Abram, p.17).

Malgré ce contrôle exercé sur la population, il a été rafraichissant de voir que les enfants restent curieux. Le jeune Abram qui, malgré son adolescence reste très rêveur, espère toujours changer de vie, est une inspiration. Même s’il est pris dans un conservatisme très rigoureux, il ne peut s’empêcher de faire des plans pour quitter le pays. Comme quoi on ne suit pas toujours le même chemin que ceux qui nous transmettent leurs valeurs.

 J’ai beaucoup apprécié ce roman qui m’a littéralement sortie de ma zone de confort. Même si le récit ne se déroulait pas dans un contexte qui me rejoint, j’ai pu mieux comprendre comment est la vie dans certains pays où la religion par exemple prend une place très importante. C’est aussi un très beau rappel de comment était le Québec à l’époque où l’Église avait un énorme contrôle. Si la religion vous rend plus frileux, ce n’est peut-être pas un roman pour vous, puisque c’est un sujet fort important dans l’histoire. C’est malgré tout une œuvre qu’il est intéressant de découvrir. S’éloigner de son contexte par la littérature est une manière extraordinaire d’ouvrir ses horizons. Le roman, très court, saura vous plonger dans un ailleurs touchant. Abram est un personnage attachant qui nous pousse à réfléchir à maintes reprises.

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« Une fois, à l’école, je devais avoir sept ans, le professeur, comme il le fait souvent, a écrit une phrase au tableau qu’il nous a demandé de copier et d’apprendre par cœur : « Depuis toujours, la Terre de l’Est et la Terre de l’Ouest sont en guerre. » […] [V]oir ça écrit, en grandes lettres blanches sur le tableau noir, ça m’a frappé. C’est là que j’ai compris pourquoi on nous apprend à les haïr et à les traiter de tous les noms, sans nous dire les raisons, juste par habitude, par tradition, comme un héritage qu’on se transmet sans prendre le temps d’expliquer d’où ça vient ni à quoi ça sert » (Le petit Abram, p.79).

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