Acide sulfurique

Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 2005, 193 pages.

Et si du jour au lendemain on ramassait un peu n’importe qui sur la rue, qu’on emmenait ces personnes sans rien leur dire pour les torturer devant les yeux affamés d’une société en quête de divertissement? Et si vos enfants, votre père, votre conjointe ou votre meilleur ami faisait partie de ce groupe « d’élus »? Regarderiez-vous quand même? Et si on tuait des gens sans raison? Si on les torturait, directement devant vos yeux, derrière l’écran? Bougeriez-vous le petit doigt pour les aider? C’est ce genre de questions qu’on se pose pendant la lecture d’Acide sulfurique.

Des gens, comme vous et moi, sont ramassés sans explication afin de devenir des victimes de la téléréalité. On diffuse ces visages amaigris par la faim, par la peur, par le manque de sommeil directement dans vos télévisions. Personne ne bouge le petit doigt. Au contraire. Dès que la prisonnière CKZ 114 (parce que les gens ne sont plus des gens, ce sont des numéros), favorite de la kapo Zdena et du public, se révolte, les médias s’emballent et en parlent davantage qu’ils ne parleraient de la venue du pape sur ses terres. Conséquence de ce torrent médiatique? Les spectateurs se font plus nombreux. Les gens sans télévision se ruent chez leur voisin pour écouter Concentration.

Les références à l’extermination des Juifs sont nombreuses. Je vous laisse le loisir de les comprendre par vous-même. C’est un des plaisirs que je retire de cette lecture. Ça, et les nombreux moments où je me suis fâchée, avec CKZ 114, contre ces gens qui regardent l’impensable, qui mettent la faute sur le suivant alors qu’ils ont aussi leur part de culpabilité. Je dis « ils », mais chacun a ce petit côté voyeur. Sinon, où la télé irait-elle chercher toutes ces cotes d’écoute? Je conclus cet article avec cette réflexion : Qui sont les plus coupables entre les réalisateurs de téléréalités ignobles et assoiffés d’argent, et le public constamment en demande de cette télé?

Je vous conseille ce roman, et ce sans hésiter. Simplement pour ébranler votre, NOTRE, conception de la téléréalité, de cette quête de « spectacle ». Pour commander le roman et encourager les librairies indépendantes du Québec, cliquez ici.

«  Je la déteste aussi, et pourtant beaucoup moins que le public. Je préfère celle qui me frappe à ceux qui me regardent recevoir sa hargne. Elle n’est pas hypocrite, elle joue ouvertement un rôle infâme. Il y a une hiérarchie dans le mal, et ce n’est pas la kapo Zdena qui occupe la place la plus répugnante. » (Acide sulfurique, p.81)

2 Comments on “Acide sulfurique”

  1. Bonjour!
    J’avais beaucoup aimé ce livre quand je l’ai lu en 2005. Mais ça ressemble vraiment beaucoup à un film allemand de 2001 intitulé « L’expérience ».

    Aimé par 1 personne

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