Dévorés, suivi de Métamorphoses

Charles-Étienne Ferland, Éditions de L’Interligne, Ottawa, 2018, 211 pages.

Note : 4 sur 5.

La terre a été ravagée par une espèce d’insecte qui, après s’en être prise aux récoltes, commence à s’attaquer aux humains. Il devient donc impossible de sortir le jour sans craindre d’être dévoré par cette bibitte énorme. La nuit, lorsque les survivants sortent pour trouver de quoi se nourrir, ils risquent d’être attaqués par d’autres humains qui privilégient leur survie et qui ont perdu leur altruisme.

C’est en suivant le personnage de Jack, un étudiant, et ses amis, qu’on voit jusqu’où peut se rendre l’humanité lorsque la survie de chacun est en jeu. À qui est-il possible de faire confiance maintenant qu’on ne connait plus personne et que n’importe qui pourrait mourir dans la seconde qui suit? Ce roman post-apocalyptique joue sur cette soif de perdurer.

Même si les histoires post-apocalyptiques finissent à mon avis souvent par se ressembler parce que le but du (ou des) personnages est de survivre, j’ai grandement apprécié ma lecture. Tout se déroule assez rapidement et l’auteur a su concentrer notre attention sur un aspect intéressant : le travail d’équipe.

Au début, Jack et ses amis forment une équipe soudée. Ils se connaissent depuis longtemps, donc cela va de soi qu’ils s’entraideront. Les circonstances feront en sorte que cette équipe devra changer. Les nouveaux membres ont chacun une vision assez différente de la situation, mais réussissent tout de même à travailler ensemble. Ce conflit donne une toute autre lecture, nous plonge dans un problème un peu différent et permet de confronter notre façon de réagir à la leur. C’est d’ailleurs ce qui me plait dans les histoires post-apocalyptiques. Comment moi, aurais-je réagi dans cette situation? Et encore là, ce ne sont que des suppositions. Rien ne peut confirmer que c’est ainsi que je réagirais réellement devant le fait accompli.

Le roman nous lance sur des pistes de réflexion accrocheuses, et ce dès les premières pages. J’ai d’ailleurs réalisé, en retournant voir les passages que j’ai notés, qu’on revenait sur cette idée plus loin dans le roman. Et si notre façon de consommer et d’être en venait vraiment à détruire la planète? C’est le genre de discussion très intéressante que nous permet la lecture de ce roman.

« Vous êtes-vous déjà demandé si l’espèce humaine allait un jour s’éteindre? demanda le professeur. Je sais, ce n’est pas facile à imaginer. Je vous vois, certains assis avec vos ordinateurs portables, vos téléphones mobiles, d’autres avec ce café que vous avez ramassé à la sortie du métro. […] Qui peut prédire ce que le futur nous réserve lorsqu’on entend parler de la dégradation des écosystèmes, de la perte de biodiversité et d’extinctions accélérées? » (Dévorés, p.13-14)

Mis à part quelques passages où les guêpes étaient décrites de manière scientifique et un peu compliquée pour moi, j’ai trouvé que la lecture coulait très bien. Si vous appréciez les romans post-apocalyptiques, c’est une découverte à faire.


Métamorphoses (tome 2)

Dans ce deuxième tome, qui se déroule environ un an après l’attaque des guêpes, on retrouve le personnage de Frank, le meilleur ami de Jack. Ayant perdu celui-ci de vue, il se lie à une bande de survivants et survivantes qui souhaitent quitter le Dôme, un endroit protégé bâti par une survivante. Leur traversée ne se fera cependant pas sans heurts puisque la bête, et une nouvelle espèce, si on peut l’appeler ainsi, règne toujours.

« En moins d’un an, le nouveau monde a remodelé l’esprit de l’humain pour que prime la survie au détriment de tous les codes sociaux. Manger et se cacher. L’accoutumance à ce mode de survie fait d’un retour à une vie ordinaire une notion si abstraite. » (Métamorphoses, p.77)

J’ai apprécié ce deuxième tome autant que le premier. Je salue la capacité qu’a Charles-Étienne Ferland d’approfondir un élément tel que la guêpe. À aucun moment dans l’histoire on ne sent une redondance, que ce soit dans le vocabulaire ou dans l’épopée des personnages. Le récit avance de manière fluide tout en nous laissant hébété par moments.

Encore une fois, le travail d’équipe et la coopération sont mis à l’honneur dans cette histoire où chacun doit compter sur la bonne volonté de l’autre. La confiance et les deuxièmes chances prennent également un aspect crucial dans cette relation que bâtissent les personnages.

N’ayant pas une mémoire phénoménale, j’ai été heureuse de me retrouver aussi facilement dans cette suite. Comme nous nous retrouvons un an après les évènements, que de nouveaux personnages font leur entrée, il n’est pas nécessaire d’avoir le premier tome fraichement en mémoire. Un énorme plus pour moi! Cela dit, du côté des personnages, il m’est arrivé de me perdre à quelques moments. Le groupe est composé de plusieurs membres ne se distinguant pas particulièrement les uns des autres, ce qui devenait parfois mélangeant, mais rien qui ne nuisait vraiment à ma lecture.

Bref, l’auteur signe ici une suite très réussie!

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