Le TECFÉE : un test dépassé?

Chaque futur.e enseignant.e doit passer un test de français nommé TECFÉE (test qui, il faut le savoir, est payant). Ce dernier, composé de deux parties, vise à évaluer la maitrise de la langue française écrite. Afin de poursuivre son parcours, il est nécessaire que ledit test soit réussi. Un.e étudiant.e qui échoue à ce test (que ce soit une seule partie ou les deux), se voit bloqué dans sa formation.

Bien que le test soit obligatoire et que son but, à la base, soit noble, il advient que ce n’est pas tous les enseignants.es qui parviennent à le réussir du premier coup. Sur 191 enseignants.es interrogés.es, 85 n’ont pas passé le test lors du premier essai. Est-ce parce que les futurs.es enseignants.es ne maitrisent pas suffisamment leur français écrit ou parce que le test est trop difficile?

Qu’est-ce que le TECFÉE?

Pour vous mettre en contexte, tel qu’il a été mentionné plus haut, le TECFÉE est composé de deux parties : une écrite, où l’étudiant.e doit produire un texte pertinent et cohérent, à la main, en commettant le moins d’erreurs possible, à la suite d’une écoute, et une partie à choix de réponses où des questions d’orthographe (usage et grammaire), de syntaxe et de vocabulaire sont posées. Aucun outil de correction n’est permis pour cette partie que plus de 60 % des enseignants.es répondants.es estiment être à un niveau de difficulté de 4/5 ou plus.

Il est possible de trouver, sur internet, de nombreux exercices dans lesquels on retrouve le même type de question qu’à l’examen. En voici quelques-unes, où l’étudiant.e doit encercler la phrase dans laquelle se trouve une erreur.

Orthographe grammaticale

  1. a) Cette mésaventure en forêt, vos amies vous l’ont racontée dans les moindres détails.
  2. b) Elle les a vus capturer, les deux ours qui ont attaqué des randonneurs.
  3. c) L’apparition soudaine d’un ours doit surement les avoir effrayés, ces deux randonneurs.
  4. d) Le garde forestier nous avait conseillé de prendre ce sentier.

Syntaxe

  1. a) Bernard et ses compagnons aspirent à traverser cette région nordique en six semaines.
  2. b) Nous changerions nos plans, si les prévisions météorologiques annonçaient de l’orage.
  3. c) Pour cette expédition-ci, Bernard sera accompagné d’autres explorateurs.
  4. d) Qu’il fasse beau ou mauvais, Bernard voit toujours la situation d’un angle positif.

Un peu plus loin dans le questionnaire, on demande aux futurs.es enseignants.es d’encercler la définition de suffixes, de préfixes, d’expression et de mots. Toujours pour vous donner des exemples concrets, dans les tests pratiques, on doit connaitre la définition du mot pusillanime, de l’expression image d’Épinal, et ce sans avoir le droit de consulter quelque outil que ce soit. Toujours dans la partie à choix de réponse, on demande également aux étudiants d’encercler la bonne justification pour une phrase bien écrite.

Ce jeune propriétaire de ferme, pour que son entreprise soit écologique, a fait installer un système d’épuration des eaux usées aux limites de sa terre.

  1. a) Des virgules sont utilisées pour encadrer la subordonnée circonstancielle pour que son entreprise soit écologique.
  2. b) Des virgules sont utilisées pour encadrer la subordonnée complétive pour que son entreprise soit écologique.
  3. c) Des virgules sont utilisées pour encadrer la subordonnée relative déterminative pour que son entreprise soit écologique.
  4. d) Des virgules sont utilisées pour encadrer la subordonnée relative explicative pour que son entreprise soit écologique.

Le problème : la partie à choix multiples?

« Je ne vois pas en quoi un test à choix multiples évalue mes compétences en tant qu’enseignante. Pour passer le TECFÉE, ce sont des séances de « par cœur » et de « bourrage de crâne » sur les exceptions et des définitions désuètes. C’est anti-pédagogique et contre-constructif. Je n’utiliserai JAMAIS ces choses dans ma pratique. Et, en cas de doute, j’utiliserai un dictionnaire… »

À la vue du type de questions, je m’interroge sur la pertinence de celle-ci. Pas que l’orthographe (usage et grammaire), la syntaxe et le vocabulaire ne soient pas utiles dans la vie d’un.e enseignant.e, mais à quel point se doit-il d’en connaitre chaque nuance par cœur – parce que oui, cette partie n’est qu’une question de mémorisation (en plus des connaissances de base). 66,3 % des répondants.es qui ont échoué le TECFÉE lors de la première passation affirment avoir coulé la partie à choix multiples. Serait-ce envisageable de laisser tomber cette partie? Est-elle moins importante que la rédaction? Selon 59,7 % des répondants.es, la rédaction est plus importante, alors que seulement 38,2 % croient que les deux parties sont nécessaires. La raison qui revient le plus souvent est l’utilité : un.e enseignant.e est davantage amené à rédiger des textes sans erreurs que de mettre à profit ses connaissances sur des exceptions de la langue, d’autant plus que dans la vie de tous les jours, lorsqu’un.e enseignant.e se questionne, il a tous les outils nécessaires à portée de la main. Pour ce qui est de ceux et celles qui considèrent les deux parties nécessaires, on soulève principalement leur complémentarité.

« La première partie évalue les connaissances tandis que la seconde, la compétence des scripteurs. Ces deux facettes de l’évaluation, tout comme en contexte scolaire, sont indissociables l’une de l’autre. »

Sans nécessairement annuler la seconde partie du test, des modifications pourraient-elles y être apportées de manière à ce que les connaissances demandées soient plus près du contexte d’un.e enseignant.e? Je pense notamment aux définitions de mots et d’expressions. Dans la vie de tous les jours, le réflexe que nous avons de chercher une définition sur internet ou dans le dictionnaire est-il si mauvais? N’est-il pas conforme à l’évolution de notre société? D’ailleurs, 89,4 % des répondants.es ont affirmé que les définitions demandées lors du test ne leur étaient pas utiles fréquemment. Pourquoi alors tenter d’évaluer nos connaissances sur ces mots et expressions? Pour ce qui est de l’ensemble de la partie à choix multiples, un peu plus de 60 % des répondants.es estiment ne jamais utiliser ou presque les connaissances qu’ils ont (tenté de) mémorisé(er) pour cette partie de l’examen.

Le même test pour tous.tes?

Il faut savoir que tout enseignant, peu importe le niveau et la matière, passe le même test. Excepté pour les enseignants.es en anglais, pour réussir, le résultat doit surpasser 70 %. Selon 122 répondants.es sur 191, il est juste que tous et toutes aient les mêmes exigences, alors que les 69 autres croient que les exigences devraient être différentes selon la matière et le niveau enseignés. La raison revenant le plus souvent en ce qui concerne l’uniformité du test est le fait que chaque enseignant.e se doit de maitriser la langue française, peu importe son domaine puisqu’il sera apporté à communiquer et qu’il doit être un modèle pour les élèves.

« Chaque matière devrait se soucier du français. Ce n’est pas parce que j’enseigne le français que je permets à mes élèves de colporter des faits qui ne sont pas véridiques sur notre histoire. Un simple exemple 😊 »

D’autres estiment que les exigences envers les enseignants.es de français devraient être plus élevées que les autres considérant les connaissances supplémentaires en français qu’ils doivent maitriser à la base.

Des changements nécessaires?

« C’est un examen qui doit rester, mais qui a besoin de changer. C’est normal de nous évaluer, mais il faudrait que sa structure soit différente. D’après moi, seulement le texte devrait être fait. De plus, nous sommes les seuls avec un examen DURANT notre parcours. Il faudrait que celui-ci soit à la fin, comme tout le monde. Autre point, les étudiants en français ont une très grande avance sur les autres, car ils voient les exceptions dans leur cours de grammaire. Ceux en math et en univers social, non! C’est une autre raison pour laquelle j’enlèverais les choix multiples. »

« En anglais on nous fait faire un test en 4 parties, le TELT, et je crois que cela devrait être pareil en français (une partie rédaction, une partie identification/correction de fautes, une partie parler/enseigner et une partie lecture à haute voix/diction). »

« Personnellement, je crois que la partie de rédaction devrait demander 80 % pour la note de passage puisque cela montre notre réelle compréhension et notre niveau de compétence en écriture. Présentement, il y a encore un 30 % de jeu pour les fautes et je trouve cela énorme. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un texte de 350 mots que nous écrivons en 3 h. Je crois que nous devrions aller chercher un niveau supérieur. Par contre, pour les choix de réponse, il faudrait limiter les expressions et définitions puisque dans la vie, nous poserons la question ou nous irons sur internet, chercher dans le dictionnaire pour en obtenir le sens. Le plus important ce sont les règles de grammaire. Leur application, pas savoir les reconnaître. Ce qu’il faudrait évaluer c’est : es-tu capable de l’appliquer? »

Ce que je constate à la lumière des réponses, c’est que le test de français imposé aux futurs.es enseignants.es est pertinent, mais qu’une réflexion devrait être posée afin d’y apporter des modifications. Pour la presque totalité des répondants.es, la partie rédaction est adéquate tandis que la partie à choix multiples n’est pas suffisamment représentative de la compétence en français écrit des étudiants.es en enseignement. Dans un contexte où on enseigne aux futurs.es enseignants.es à adapter leur pratique selon l’évolution de la société, pourquoi le test qu’on leur demande de passer ne s’y conforme-t-il pas également?

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