Le palmarès des écoles secondaires : un outil d’aide ou de comparaison?

Chaque année, l’Institut Fraser produit un classement des écoles secondaires publiques et privées du Québec dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec. Même si une certaine curiosité s’empare de moi chaque année, je ne crois pas que ce palmarès soit sain. Cela dit, j’ai voulu sonder l’opinion des professionnels.les de l’éducation et des parents afin de voir ce qu’ils.elles en pensaient. Un énorme merci aux 129 personnes qui ont répondu.

Portrait des répondants.es

Tout d’abord, j’ai fait mon questionnaire de manière à séparer les avis des parents de celui des professionnels.les puisqu’on ne regarde pas nécessairement le palmarès de la même façon. Parmi les 129 répondants, 6 étaient des parents, 44 étaient parents et professionnels.les, puis 79 étaient professionnels.les seulement. Chez les parents, 79 % envoient (ou prévoient envoyer) leur enfant dans une école publique. Chez les professionnels.les, 86 % travaillent dans une école publique.

À quel point le palmarès influence-t-il l’opinion des parents?

Seulement 16 % des parents ont affirmé être influencés par le palmarès des écoles secondaires dans leur choix d’école pour leur enfant. Plus encore, seulement 22 % affirment que le palmarès modifie leur opinion des écoles secondaires. La problématique semble se situer du côté des informations recueillies : 81 % des parents considèrent que les informations leur semblent peu ou pas pertinentes.

En effet, chez les 81 parents répondants.es, plusieurs autres variables sont tenues en compte lors du choix d’école de leur enfant. Parmi les critères les plus importants, on retrouve le sentiment d’appartenance à l’école, les activités parascolaires proposées, l’aide fournie aux élèves, la proximité de l’école, les programmes particuliers offerts (PEI, Sport-études…) et le degré d’implication des élèves dans l’école. Tous des critères qui ne sont pas pris en compte dans le palmarès qui se concentre majoritairement sur les résultats des élèves. D’ailleurs, seulement 9 % des parents affirment que les résultats des élèves sont un facteur d’influence important.

« On fait un palmarès basé sur le résultat scolaire sans tenir compte du bien-être de l’enfant dans l’école. »

Qu’en pensent les professionnels.les du milieu?

Comme pour les parents, les professionnels.les se voient peu influencés par le palmarès quand vient le temps de choisir leur milieu de travail (dans la mesure où c’est possible) ou dans leur perception des écoles secondaires. De plus, 69 % sont d’avis que les informations recueillies ne sont pas pertinentes. Un tel palmarès crée une compétition malsaine entre les écoles selon plus du trois quarts des enseignants.es répondants.

« Les écoles n’ont pas à être en compétition, elles offrent le même service : l’éducation des enfants. »

Cela dit, pour 34 %, le palmarès pourrait être utilisé comme source d’influence pour les autres écoles. Quelles solutions les milieux haut classés ont-ils à proposer? Il serait toutefois intéressant de voir l’ensemble des bons coups des écoles plutôt que se limiter à ses résultats.

Pour les professionnels.les, une bonne école offre des programmes (PEI, sport-études…) et des activités parascolaires variées et de qualité, offre plusieurs services d’aide aux élèves, crée un sentiment d’appartenance chez les élèves en plus de leur permettre de s’impliquer. Il est aussi important que les membres du personnel soient chaleureux.ses.

« Je pense plutôt qu’on devrait mettre une cote en fonction du bonheur des élèves face à leur école (sentiment de sécurité, de fierté ou autre). »

Ce qu’il ne faut pas oublier

« Confondant, car il prétend classer les écoles, alors qu’il classe les élèves qui sont dedans. »

Étant donné que le classement des écoles est basé en très grande majorité sur le résultat des élèves, il faut garder en tête que plusieurs facteurs influencent ces résultats. Dans les écoles à vocation particulière, comme le Programme d’éducation internationale ou le sport-études, les élèves sont dans l’obligation d’avoir, à la base, des résultats satisfaisants, de les garder tout au long de leur parcours, mais aussi de passer un test d’admission. Il est donc évident que ces préalables font en sorte que les écoles proposant de tels programmes se voient rapidement grimper dans le classement puisqu’elles ont choisi des élèves ayant des résultats en haut de la moyenne.

« Ça ne tient pas compte des disparités régionales, de la sélection des étudiants au privé, des programmes particuliers pour les élèves EHDAA qui se retrouvent tous au public. Un élève bien encadré (parents, amis, enseignants) aura un beau parcours scolaire, peu importe l’école. Il y a beaucoup d’élèves en difficulté au public, ainsi le sondage est littéralement biaisé. »

À la sortie de ce palmarès, bien que le sondage ici montre que les parents et les professionnels.les sont peu influencés.es par les résultats, on ne sait pas s’il en est de même chez nos élèves. Autant ce peut être encourageant d’avoir une position élevée dans le classement que c’est dévalorisant pour les élèves et les professionnels.les qui travaillent fort de se retrouver au bas de ce classement.

« Il serait temps de miser sur les bons des écoles sans les classer, comment peut-on croire qu’on motive les gens (autant élèves qu’employés) qui se trouvent en bas de classement? Si c’est vrai dans nos classes que ça brise l’estime de soi des élèves de leur dire qu’ils sont faibles, pourquoi c’est acceptable quand on parle de leur établissement? »

Privé et public : deux palmarès nécessaires?

Considérant la compétition déjà présente entre les écoles privées, il semble plus « normal » qu’un palmarès existe (encore là, c’est à prendre avec parcimonie… chaque école est dotée de professionnels.les qui font de leur mieux!). Au public, on cherche plus à offrir un service équivalent à tous.tes les élèves.

Selon près de 90 % des parents répondants.es et 83 % des professionnels.les, le palmarès des écoles publiques ne devrait pas exister, notamment parce que celui-ci ne prend pas en compte la diversité des milieux. Rappelons que les écoles publiques accueillent bien souvent les élèves situés.es dans leur quartier. Certains sont donc plus défavorisés que d’autres, créant ainsi des inégalités dans les écoles, avant même que les élèves n’y mettent les pieds. Ce ne sont pas toutes les familles qui ont accès à des livres à la maison ou qui bénéficient de support externe. On doit aussi penser aux carences (affectives, sécuritaires, alimentaires…) avec lesquelles doivent vivre certains.es élèves. Ce sont tous des facteurs que le palmarès ne prend pas suffisamment en compte lors de la compilation des résultats académiques des élèves.

« Le palmarès ne fait qu’illustrer que nous avons un système à deux vitesses. »

Cela dit, pour d’autres, le palmarès des écoles publiques aussi est important à côté de celui du privé, puisque l’enlever signifierait assumer que le milieu public ne peut pas compétitionner avec le privé. On pourrait aussi utiliser les résultats comme levier pour créer du changement. Pour les écoles dans le haut du classement, c’est un sentiment de fierté, une motivation.

En bref, le palmarès des écoles secondaires est loin de faire l’unanimité. Il s’agit d’une étude qui devrait être à revoir. Notre perception des résultats académiques aussi. Est-ce vraiment tout ce qui compte à l’école? Qu’en pensez-vous?

« La progression de certains.es est humaine, non scolaire. »

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